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3-13 : Mon arrière-grand-père

Mise à jour : 12 avril 2026, Antidote 12.

 

Il a fallu attendre le décès de ma mère, Marie Thérèse, née Barre, début janvier 2026, pour mettre la main sur le document écrit de la main de mon arrière grand-père.
Peut-être certains passages intéresseront des historiens, c'est dans ce but que le document a été mis en ligne, pour toucher le maximum de personnes potentiellement intéressées.
L'histoire commence en 1860.

Vous lirez, peut-être avec intérêt :

Je n'ai pas encore tout lu !

 

Quelques souvenirs de ma prime jeunesse.

 

Par JULES LOUIS BAUDON
Né à l’île Maurice le 9 février 1860.
Mort à Fronsac le 5 octobre 1943.

 

Mes chers Enfants,
Vous m’avez souvent demandé de vous faire connaître mon fameux voyage à l’île MAURICE, par le cap de Bonne Espérance et mon retour à Londres par la même route.
C’est bien loin de moi.
Je ferai cependant mon possible pour vous rappeler quelques incidents de cette lointaine époque.
Auparavant je tiens à vous donner quelques détails sur mon enfance, mon adolescence.
Nul, après moi, ne pourra vous faire connaître quelques incidents de ma première enfance.

 

Identités.

Je suis né le 9 février 1860 sur la propriété de “Chimère” au district de “Paille-en-l’Ile Maurice”, ancienne île-de-France.
J’ai eu deux frères plus âgés que moi :

Mon frère aîné, Alexandre, était né le 1er mai 1856 à Port-Louis-île-Maurice.
Il a épousé en 1878 à Bordeaux Melle Mary de la Crompe de la Boissière.
Une fille est née de ce mariage.
C’est la bonne cousine Ellen, que nous aimons tous bien.
Mon frère Alexandre est mort jeune en janvier 1895.
La bonne tante Mary est morte, il y a peu de mois à Périgueux, en mars 1939.

Mon frère Gustave est mort en février 1906.
Il avait été marié en 1896 à Mademoiselle Marie BALLAY de Bordeaux, qui mourut après quelques mois à peine de mariage.
Mon frère Gustave eut un gros chagrin de la mort de sa femme.
Il faisait partie du Commissariat de la Marine.
Après la mort de sa femme, il fut pris d’humeur noire, de sombres mélancolies.
Il dut prendre sa retraite et décéda peu de temps après.
J’eus grand chagrin de cette mort.

Gustave et moi, nous nous aimions beaucoup.
Nous avions été ensemble écoliers au petit Collège de Talence et, quoique séparés à l’âge d’homme, nous étions grandement attachés l’un à l’autre.

 

Après avoir donné ce pieux souvenir à mes deux frères, je reviendrai en arrière pour vous dire quelque chose de mes Parents.

Mon père se nommait : Amédée Baudon.
Il était né à Port-Louis de l'île-Maurice en 1834.
Il est mort à Paris aux Hospitalisés de St. Jean de Dieu en mars 1884.

Ma mère, Zulma Laporte, était née à Port-Louis en 1840.
Mes grands-parents maternels se nommaient Auguste Laporte et Zulma Gaussereau.
Mes grands-parents avaient un autre enfant que ma mère, notre oncle Auguste, plus âgé de deux ans que ma mère.

 

Épidémie de Choléra.

En décembre 1861 le choléra se manifesta dans la colonie sous forme épidémique très violente à la suite de l’arrivée à Port-Louis venant de l’Inde "d'un navire à choléra" le "Mount Smart Elphinstone", qui, par une négligence coupable, avait été admis à la pratique après un jour de quarantaine !
Le navire avait eu cependant en cours de route deux décès causés par le choléra.

Cette quatrième épidémie débuta le 2 décembre 1861, pour finir en avril 1862, après une durée de plus de 5 mois, avec des intermittences et des rémittences bien marquées.
Elle eut une malignité particulière.
Presque tous les cas étaient mortels et les Médecins eux-mêmes étaient comme démoralisés et ne cachaient point qu’ils ne savaient plus que faire...
Les remèdes, qui avaient été efficaces lors des épidémies de 1854 et de 1856, produisaient plutôt de mauvais effets.

Dans la seule ville de Port-Louis où habitait alors ma famille, les décès atteignirent le chiffre de 68 par jour.
À la date du 30 avril 1862, pendant une période de 150 jours, plus de 3 370 décès dus au choléra furent enregistrés dans la colonie.

Ma famille devait être douloureusement frappée.
En la même semaine, mon oncle Auguste, le frère de ma mère, était frappé et mourait d’une attaque presque subite.
Ma mère, âgée alors de 22 ans, était frappée à son tour et résista deux jours à la terrible maladie.
Le 20 février 1862, ma pauvre mère mourait et, en même temps mourait notre petite sœur, Noémie, juste d’un an plus jeune que moi, née le 10 février 1861.
Ma mère mourait donc à l’âge de 22 ans en ayant eu 4 enfants, dont la petite Noémie, qu’elle emportait dans son tombeau.
Elle s’était mariée à 16 ans.
Elle mourait enceinte d’un 5e enfant.

Notre pauvre grand-mère Laporte nous a souvent conté ces scènes douloureuses où elle vit mourir coup sur coup son fils, sa fille, notre mère et la petite Noémie.
Elle nous a souvent dit que, si elle n’est pas devenue folle de douleur, c’est qu’elle avait usé de toute son énergie de mère, d’épouse pour se garder pour les 3 petits Orphelins, qui restaient âgés de 5, 4 et 2 ans, et pour tenir sa place auprès de notre grand-mère Laporte que la douleur écrasait.

Rendu à ce point douloureux de mon enfance, vous rappellerai-je certains vagues souvenirs qui me sont restés.
Est-il possible qu’âgé juste de 2 ans, il ait pu me rester quelque symptôme de souvenir des derniers moments de ma mère ?
Et cependant ses vagues souvenirs ont toujours tenu en ma mémoire.
Plus âgé, j’en ai fait part à ma grand-mère.
Au cours de ces récits douloureux, ma grand-mère m’a souvent répété qu’ils étaient exacts.

J’ai peut-être dit que ma mère n’avait pas été frappée d’une atteinte subite et foudroyante de choléra.
Ma mère a résisté quelques jours.
Le Docteur Bonnefin, qui soignait ma mère au cours de cette affreuse maladie et que Gustave et moi devions retrouver en 1875 lors de notre séjour à "Riche-Terre", chez notre père, nous a affirmé qu’il avait eu un moment l’espoir de sauver notre mère, mais le mal devait faire son œuvre.

Donc, au cours de sa maladie, je revois le grand lit de ma mère placé au bout de la chambre, sur le côté gauche, et je revois ma grand-mère me portant de ses bras aux bras de ma mère.
Je revois cette chambre sombre de malade.
J’ai donc émis cette réminiscence à ma pauvre grand-mère, qui m’en a souvent confirmé l’exactitude.
C’est du reste le seul et dernier souvenir que j’ai retenu de ma mère...

Donc, revenue du Cimetière de Port-Louis établi tout là-bas, en dehors de la ville, au bout de l’allée des Philaos où elle avait déposé son fils, sa fille, la petite Noémie, ma grand-mère ramassa dans les plis de sa jupe les trois Orphelins tombés du nid, promettait de se donner corps et âme pour eux selon la promesse faite à la pauvre morte.
Dieu sait si elle a tenu parole !
Mais la situation était grosse de difficultés.
Ma mère, épouvantée des fréquentes épidémies de choléra qui avaient épouvanté et maltraité la Colonie de mars 1854 à janvier 1855, en septembre 1856, en 1859, et enfin de décembre 1861 à avril 1862, avait fait promettre à mon grand-père, à ma grand-mère à son lit de mort de fuir la colonie et de nous amener avec eux en France.
Promesse grosse de difficultés !

En 1862, à l’époque de la mort de notre mère, ma grand-mère, Zulma Laporte, avait 56 ans, mon grand-père, Auguste Laporte, était du même âge, mes grands-parents n’étaient pas riches.
Mon grand-père faisait le commerce, tirant des marchandises de France et d’Angleterre qu’il revendait en la Colonie.
Ces affaires lui avaient nécessité 2 ou 3 voyages en France au cours de sa vie avec ma grand-mère.
Mon oncle Auguste, frère de ma mère, accompagna son père en l’un de ces voyages.
C’était un vrai voyage au long cours, "Round the Cape of Good Hope", comme on disait alors.

Donc, dès le décès de notre mère, ce gros déplacement de mes grands-parents chargés de nous trois, tous enfant, fut mis à l’étude pour gagner la France.
Il n’était pas question que notre père resté veuf à l’âge de 31 ans, pût venir s’établir en France avec nous.
Il était à Port Louis Courtier, s’occupant de la vente des sucres.
Sa situation était toute récente.
Elle était fructueuse, bien que modeste encore.
Il ne pouvait l’abandonner sans être le moins du monde certain de trouver à Bordeaux une situation, car c’était à Bordeaux que mes grands-parents devaient venir résider, car, en cette ville, mon grand-père avait de la famille.

En cette ville habitait déjà depuis quelques années notre grand-oncle, Alexandre Gérard, en son bel Hôtel au 160 rue du Palais Gallien.
Mon oncle Gérard était Mauricien, il avait gagné une grosse fortune dans les huiles de Coco qu’il tirait de la petite île “Agaléga” toute voisine de l’île Maurice.
Il avait épousé la sœur de mon grand-père, Auguste Laporte, Zoé Laporte, qui lui avait donné 2 enfants, Emma, qui épousa jeune un Mauricien, qui vint en France avec sa femme, son beau-père Gérard.
Il ne réussit pas en ses affaires.
Il se nommait Eugène Cloarec.
Ma tante Zoé mourut jeune à Maurice.

Mon oncle se remaria avec Catherine Duperelle et eut une première fille nommée Louise.
C’est Louise Gérard, qui devait à Bordeaux épouser Floris Bouffé.
Ils devaient, Louise et Floris, être les mère et père de Gérard, notre aimable cousin de l’avenue Lannes à Paris.
Mon oncle Gérard, sa femme Catherine et Louise, leur première fille, partirent pour Bordeaux avec Emma Cloarec, son mari et Alexandre Gérard, fils.
C’était pour mon grand-père, ma grand-mère la certitude de retrouver la famille Gérard à Bordeaux, qui leur faisait trouver moins douloureux leur départ de l’île Maurice.

Ma grand-mère m’a souvent dit combien cette expatriation leur fut douloureuse.
Ma grand-mère laissait derrière elle sans espoir de les revoir jamais son frère Emile Gaussereau, sa belle-sœur et leurs fils et filles :
Emile, mort vieux garçon, Nemours mort jeune, Lucie, qui épousa Max.
Tourette, Alice, Aricie... une sœur tendrement aimée, etc, etc.
Ma grand-mère jugea qu’il était de son devoir de tenir la parole donnée à notre mère mourante de fuir la colonie.
Elle n’hésita plus et l’on parla de ce long déplacement.

 

Départ vers la France.

Depuis août 1864 la compagnie des Messageries Impériales inaugura une ligne entre Aden, l’île de la Réunion et l’île Maurice.
Il n’était donc plus question d’aller à Bordeaux par bateau à voiles doublant le Cap de Bonne-Espérance et d’affronter 90 à 120 jours de mer et souvent du mauvais temps.

Le départ pour l’Europe eut lieu au cours de l’année 1864, j’avais donc 4 ans 1/2.
Je devais avoir quelques souvenirs de ce départ de Port-Louis, de l’embarquement au "trou fanfaron" (nom donné à une partie du quai de Port-Louis) sur les petites pirogues menées si habilement dans le port par les Indiens pour gagner le Grand Vapeur mouillé en Grande Rade.

Ce départ a dû être émotionnant, mon père devait être bien ému de voir partir ainsi ses trois fils pour l’Europe, probablement sans esprit de retour à Maurice.
De ces moments-là, je le répète, je n’ai nulle souvenance.

Nous partîmes de Port-Louis en 1864 (Fin d’année), mon grand-père, ma grand-mère, mes deux frères aînés et moi.
Mon grand-père se faisait accompagner jusqu’à Bordeaux par un jeune domestique noir, qui répondait au nom de “Pintienne”.
Comment se fait-il que je possède encore ce nom dans un coin de ma mémoire ?
Je ne puis rappeler le nom du Vapeur des "Messageries Impériales" qui nous porta de Maurice à Aden.
Nous traversâmes, par chemin de fer, la partie de l’Égypte, d’Aden à Alexandrie.
Là nous reprîmes un autre Vapeur à destination de Marseille.
De ce vapeur, je me rappelle le nom : la "Veilleta", méchant voilier mis à la Vapeur.

Nous arrivâmes donc à Marseille, puis, sans incident qui ait marqué en ma mémoire d’enfant de 4 ans 1/2, à Bordeaux.
Nous descendîmes en un hôtel, dont je revois encore l’emplacement.
Il était situé sur le quai Louis XVIII, à l’angle où se trouve la Maison de Papeterie Barreyre et Fraikin.
Je revois l’hôtelier qui était plein d’attentions et d’égards pour ma famille, pour les "déracinés" que nous étions.

Nous n’avons pas dû séjourner longtemps en cet hôtel, car je me revois vite en une belle maison située au 32 rue Planturable, aujourd’hui rue Emile Fourcaud.
Cette Maison avait l’avantage grand de se trouver en face de la Maison N°27, même rue où habitait Emma Cloarec, la cousine germaine de ma mère avec ses trois enfants : Eugénie, Lucie et Adolphe, qui avaient presque notre âge.
Notre Maison au 32 rue Planturable n’était pas éloignée du bel hôtel de mon oncle Alex, Gérard, beau-frère de mon Grand-Père, Auguste Laporte, au 160 rue du Palais Gallien.

Mon Grand-Père ne resta pas longtemps à Bordeaux avec notre Grand-Mère et nous.
Il fut vite rappelé à Maurice pour son commerce où il resta environ 6 à 8 Mois.
Il a dû revenir à Bordeaux au cours de 1866, mais il revint très malade.
Il rapportait de l’île Maurice cette fièvre importée des bords du Gange dite "la Fièvre", qui fit tant de ravages à l’île Maurice.
On ne connaissait pas au début les moyens de la réduire.
Mon Grand-Père en avait en lui des germes et souvent des attaques.
Il devait hélas en mourir en 1867, e ne me rappelle pas le mois, mais je me souviens très bien qu’un matin à mon réveil, je vis ma pauvre Grand-Mère bien malheureuse, des parents l’entouraient.
On me dit tout bas "Grand-Père est mort".
Voilà donc ma pauvre Grand-Mère venue en France et sans protecteur auprès d’elle, ayant à sa charge trois garçons de 10, 8 et 7 ans et perdant son mari.

Peu de temps après le décès de mon Grand-Père, mon Père revint aussitôt qu’il le put auprès de ma Grand-Mère à Bordeaux.
Je sais que le retour de ma Grand-Mère à L’île Maurice fut grandement conseillé par mon Père à ma Grand-Mère, qui se trouvait très seule à Bordeaux.
Mon Père était décidé à nous laisser faire notre instruction en France, ma Grand-Mère, tenant toujours ferme sa promesse faite à ma mère d’être toujours auprès de nous, refusa de retourner sans nous à l’île Maurice.
Mon Père retourna seul à Maurice.

Avant de quitter Talence, je fis, le 26 mai 1872, ma première Communion en l’église Saint-André, la cathédrale.
Je fus confirmé par Mgr. Donnet, à qui j’ai souvent servi la messe pendant les deux ans 1/2 que j’ai passé au Lycée de Bordeaux.
Je ne saurais laisser ma mémoire s’éloigner du petit Collège de Talence sans rappeler ici combien étaient observés avec soin les préceptes de la Religion.
En général nous étions tous catholiques, quelques rares protestants, encore plus rares étaient les israélites.
Au cours de ma vie de pensionnaire à Talence, de 1868 à 1873, je ne vis jamais la lévite d’un pasteur protestant, ou d’un rabbin venant visiter leurs jeunes "ouailles".

Nous avions dans la jolie chapelle sise au fond du bois la messe le jeudi matin et le dimanche avant le départ des permissionnaires pour Bordeaux.
Au mois de MARIE, nous étions menés à la chapelle tous les soirs.
Je revois encore, Mr. Arbelot, notre censeur, grave et sévère, devant son prie-Dieu, ayant derrière lui un beau fauteuil et haut perché sur un plancher plus élevé, d’où il dominait les nombreux bancs des élèves.
La prière se faisait dès le matin à l’arrivée de l’étude et le soir avant de la quitter pour aller au Réfectoire.
Le "Bénedicite" était dit au Réfectoire chacun à sa place "les grâces" après le repas ?
Ces prières étaient dites par le Surveillant du Réfectoire. Et maintenant !!! "Alias Tempores, alias mores".

Dès mon entrée au Collège de Talence en octobre 1868, ma Grand-Mère avait décidé, sur l’avis de notre Médecin le Docteur LABAT, de me mettre à un Régime d’Huile de Foie de morue.
Mais c’était l’huile "nature" et non point raffinée, comme nos jeunes Enfants en absorbent de nos jours.
Le Service de l’Infirmerie se faisait le soir vers les 6 h 1/2, "un pion" passait en chaque étude, les élèves qui allaient à l’Infirmerie se joignaient à la Bande.
Après une longue randonnée sous les cloîtres, on arrivait à l’Infirmerie tenue admirablement par quatre sœurs de Saint-VINCENT de PAUL.
Sur une longue et étroite table, étaient alignés les remèdes destinés à chacun, à l’un du bon Quinquina, à celui-ci du bon remède, moi j’apercevais de loin, mon gros litre d’huile ventru, dont le liquide poisseux dégoulinait extérieurement, tachant l’étiquette, un grand petit verre à liqueur plein à plein bord contenant l’huile, à côté se trouvait un bol de tisane chaude et deux ou trois pastilles.
J’avalais vite l’huile, prenant ensuite les "contre-poisons".
Chacun reprenait sa place.
La Religieuse digne et sévère examinait les verres vides, faisant un signe au "pion" et ajoutait "tout va bien".
Sur ce mot le cortège regagnait les études.

Mais quelquefois, quelque Diable me poussant, ne me vint-il pas à l’idée de ne pas prendre mon huile et délecter seuls les Bonbons, le Bol de tisane.
Au moment de prendre le petit Verre d’huile, d’un coup léger, je le renversais sur la table, couvrais la petite mare par une soucoupe, un verre voisin et muni des friandises, je regagnais frais et sérieux mon rang.
Ça n’a jamais manqué, j’ai fait le coup 4 fois, au cours de mon séjour à Talence, je fus toujours pris.
Comme je l’ai dit plus haut, la Religieuse examinait sa table de remèdes.
Oh ! Mr Le Surveillant, pardon, un Instant, la religieuse se rapprochait, examinait de plus près.
"Voilà, Mr Le Surveillant, Baudon a renversé son verre d’huile, donc il ne l’a pas prise".
Oh ! ma sœur, je vous demande bien pardon, sans m’écouter.
Le Pion d’ajouter "Baudon, allez prendre votre huile".
La sœur me servait alors un verre bien plein, et, naturellement, sans tisane ni bonbon.
Après l’absorption, je devais rester jusqu’au repas du Soir, c’est-à-dire pendant une heure 1/2 avec ce goût dans le gosier.
Je le répète, j’ai tenté le coup plusieurs fois, je fus toujours pris.

Voilà mes souvenirs de Talence qui s’épuisent.
Je terminerai ma Vie de Collégien en rappelant combien notre Chère Grand-Mère s’efforçait de nous rendre faciles, cléments, notre séjour, au Collège.
Tous les jeudis notre Grand-Mère venait nous voir à Talence.
Elle s’était entendue avec trois autres dames, qui avaient elles aussi leurs Enfants au Collège.
À elles quatre elles prenaient un grand fiacre qui venait prendre à son domicile chaque Maman, puis en route pour Talence, la voiture arrivait juste au début de la récréation.
Gustave et moi étions postés à l’extrémité de la cour, d’où l’on pouvait apercevoir l’arrivée des Parents.
Nous avions bien vite repéré notre Bonne Grand-Mère.
Après les bons baisers, les divers détails que notre Grand-Mère pouvait nous donner sur sa vie solitaire à Bordeaux, c’était à notre tour de bien la renseigner sur l’état de nos études, nos places aux Compositions, etc, etc.
Nous nous acheminions tous les trois dans le parc du Collège, nous nous isolions sur un banc et là prenions livraison des douces livraisons que nous prodiguait notre Grand-Mère.

Dois-je dire que c’est de cette époque bien lointaine que date ma passion pour le fameux "Pain-Frit" !
L’heure de la récréation était vite écourtée, il fallait rallier le Parloir, embrasser notre Grand-Mère, et lui dire au revoir jusqu’au dimanche prochain.
Tout ce que je note là s’est très régulièrement passé pendant mes 4 à 5 Années d’Internant au Collège de Talence.
Je rappellerai que pendant longtemps, ma Grand-Mère partagea le grand fiacre de Bordeaux avec Madame Morice, Madame Duthil, qui venaient elles aussi voir leur fils, Gaston, Morice et Jules Duthil.
Ces camarades étaient plutôt de l’âge de Gustave que du mien.

Enfin je terminerai cette réminiscence sur ma vie de Pensionnaire à Talence, où j’ai passé 5 ans en donnant un souvenir ému à notre Camarade PERIN, qui est mort à l’Infirmerie au Collège de Talence.
C’est le seul décès à regretter, les Obsèques se firent à la chapelle de Talence.

Enfin, en août 1874, je quittais définitivement le petit Collège de Talence, où j’étais entré en octobre 1868.
J’ai gardé toujours un bon souvenir à ce joli collège où s’est écoulée ma première enfance.
La vie d’écolier y était facile, mais sur les dernières années, la vie de collège avait changé.
Monsieur ARBELOT n’était plus là, l’Administration y était turbulente, le Censeur fut changé deux fois.
Ils ne connaissaient pas ses nouveaux directeurs, ses nouveaux élèves comme Mr. ARBELOT, qui nous nommait tous par notre nom.
Nous étions bien à mon départ de Talence en 1874, 250 internes, le petit Collège était très florissant.

Nous revînmes donc en août 1874 chez notre Grand-Mère aux Grandes Vacances.
Nous avions passé nos deux mois de Vacances en une petite propriété au Bouscat que louait ma Grand-Mère.
Gustave et moi nous amusions fort bien tous deux.
Nous montions dans les arbres.
D’un arbre à un arbre voisin, nous lancions une petite échelle, et, sur ce pont bien branlant, nous passions d’un arbre à l’autre.
Ma Grand-Mère tremblait à l’idée de nous voir nous tuer à ce jeu périlleux.
Nous allions aussi passer quelques jours chez notre oncle ;Alex GERARD, auprès de Emma Cloarec; et de ses trois enfants à Bouillac.
Vint la fin des deux mois de vacances et ma rentrée en octobre 1874 pour y prendre au vieux "bahut", au vieux Lycée de Bordeaux, ma classe de 3e, pensionnaire comme à Talence.

 

Nos études.

Nous changeâmes alors de logement et prîmes un loyer moindre dans la rue Saint-Fort, non loin de la rue du Palais Gallien et de l’église Saint-Seurin.
C’est de là qu’en 1868, à la rentrée des classes d’octobre, je fus mis au petit Collège de Talence avec mes deux frères.
Mon frère Alexandre n’y fut pas longtemps, il y était souvent malade et rentra auprès de ma Grand-Mère.
Nous demeurâmes Gustave et moi à Talence pour y suivre toutes les classes que le Collège tenait, c’est-à-dire jusqu’à la 4e.

Je suis resté 6 ans à Talence, j’y ai appris à lire, à écrire.
J’étais bien jeune à mon entrée à Talence, je n’avais pas encore 8 ans.
18 Mois après éclata la guerre de 1870 et le rude hiver de 1870/1871.
Nous eûmes beaucoup à souffrir du froid.
Le matin, au dortoir, à notre lever, nous trouvions l’eau gelée dans les pots à eau.

Je me rappelle un geste de notre bon Censeur, Mr Arbelot, au cours de la guerre.
Il était d’usage que, le jeudi au réfectoire, il y eût un dessert, maigre dessert évidemment, mais un certain jeudi, le dessert ne fut pas donné !
Grand émoi des élèves !
Alors je me souviens que le Censeur, Mr Arbelot, parut subitement au réfectoire, nous parla de la guerre contre les Prussiens, de toutes les misères physiques et morales, dont souffraient les pauvres soldats français, nous dit que tous les desserts étaient supprimés dans tous les collèges et lycées de France pour que les écoliers de France prissent une bien légère part aux misères de leurs frères.
De toute la durée de la guerre, nous n’eûmes plus de dessert.

J’étais donc Pensionnaire à Talence avec mon frère Gustave de deux classes avant moi.
Nous sortions tous les dimanches matin après la messe en la jolie chapelle qui y fut bâtie de mon temps, au fond du beau parc du Collège.
Des omnibus de la ville de Bordeaux venaient à Talence chercher les élèves qui n’étaient pas privés de la sortie du dimanche.
Ils étaient amenés au Grand Lycée à Bordeaux où les parents venaient chercher les enfants.
Ils étaient ramenés le matin à 8 heures au même Grand Lycée et les mêmes Omnibus ramenaient à Talence les élèves.
C’était ainsi tous les dimanches.

De toute ma vie de petit écolier à Talence, je ne fus pas privé de ma sortie du dimanche une seule fois, j’avais si besoin de voir la Grand-Mère...
Mais je l’ai échappé belle un certain jour.

Je me souviens, c’était en hiver, la pluie, poussée par le vent, avait laissé de grandes flaques d’eau sous les longs cloîtres qui se trouvaient le long du réfectoire et des salles d’étude.
De nombreux petits camarades et moi du nombre trouvions très intéressant de sauter en cette mare et de produire un fort jet d’eau, qui inondait les camarades qui se régalaient à ce jeu.
Que faisait le "pion" affecté à la surveillance de la récréation ?
Il brillait par son absence, mais le bon et vigilant Censeur Arbelot veillait.

Il ne s’est pas fait un mauvais coup par les petits Collégiens sans que le Censeur, Mr Arbelot ne vînt ramasser les Coupables.
Donc la grande distraction de l’éclaboussement de l’eau battait son plein, et les camarades étaient inondés, la joie était à son comble, quand subitement parut Mr Arbelot.
Arrêt subit !
Les coupables ne cherchèrent pas à fuir, le Censeur nous avait tous figés sur place.

Il fit mettre en rang les 8 à 10 Coupables, prit les noms ou les fit prendre par le "pion" qui arrivait enfin, nous fit la verte semonce, qu’il termina par la terrible sentence : "Vous serez tous les dix privés de sortie dimanche".
Or, j’étais parmi les coupables et les condamnés.
Privé de sortie dimanche, ne pas aller embrasser la Grand-Mère, déjeuner et dîner sous son toit, était-ce possible ?

Cette aventure devait se passer au cours de la récréation du vendredi midi.
Je restais donc toute cette demi-journée, tout le samedi dans cette anxiété, ce chagrin de la privation de sortie du dimanche.
Je fis part de ma détresse à Gustave, qui me porta toutes les consolations qu’il pouvait, me blâmant fort de ma sottise !
Le dimanche matin arriva, j’avais revêtu dès le matin ma tenue de sortie, prêt à partir par les bons Omnibus.
L’heure du départ pour Bordeaux arriva.

Nous étions sur deux rangs, Le Censeur, au milieu de nous, envoyant par fournées de 8/10 élèves les permissionnaires aux Omnibus.
C’était la fin, j’étais le dernier et en larmes !
Mr Arbelot me vit et eut pitié de ma détresse et me dit : "Allons, Gamin, va trouver ta Grand-Mère".
Je fus vite grimpé dans l’Omnibus.

J’ai en mémoire un dernier exemple de la perspicacité de ce sage Censeur : Mr Arbelot.
Cet incident a dû se passer l’avant-dernière année de mon séjour à Talence, je devais être en 5e.
Aux premières années de notre séjour à Talence, la 5e était la dernière classe qui se fit au petit Collège de Talence.
Pour la 4e il fallait venir au Grand Lycée de Bordeaux et quelle ruine montrait alors ce vieux "bahut" qui était alors là où sont les Facultés au cours des "fossés".

De mon temps le Lycée de Bordeaux était une vraie ruine, un ancien couvent.
Il fallait descendre dans des souterrains noirs éclairés tout le temps par un sinistre Bec de Gaz pour atteindre les réfectoires.
La cour des Petits donnant dans le bas quartier de la rue des Ayres était en contrebas du quartier occupé par les grands et les moyens.
Les deux Cours étaient de beaucoup plus claires, plus saines, que les Cours des Petits et, pour compléter ce délabrement du Vieux Lycée, un fâcheux incendie ne vint-il pas le délabrer un peu plus, le vieux bahut !
Cet incident a dû arriver au début de 1872. Il fit de grands dégâts à tel point que la classe de 4e ne put plus se passer au Grand Lycée et les Internes de cette Classe, au nombre environ de 40, vinrent former deux divisions à Talence.

L’esprit frondeur et indiscipliné des élèves du Lycée de Bordeaux allait se retrouver parmi les nouveaux arrivés de la Classe de 4e, contaminer les élèves de Talence et produire le petit coup de force et d’indiscipline suivant :
C’était le lundi matin de 8 h 1/2 à 10 h que se tenait à Talence la classe de dessin, tout au haut du bâtiment, sous les combles du 4e étage.
Nous étions là plusieurs Divisions réunies sous la surveillance d’un "pion".
Le professeur était Mr Haute, un bon bonhomme qui aurait eu bien du regret de punir un élève.
Tous les élèves rendus en leur salle allaient en une autre salle voisine chercher leur carton à dessin, leur planche à dessin et leur banc.

Que se passa-t-il ?
Certaines fortes têtes, élèves venus de Bordeaux, s’aperçurent vite que le "pion" manquait et qu'il n’était pas en la salle de dessin.
Tout à coup "Branle-Bas" général !
Le père Haute et quelques élèves étaient encore en la salle à prendre leur carton à dessin.
On arrive à la porte de cette salle, on les y enferme, et alors en la salle de dessin, chahut général, cris, chants, danses, etc, etc.
On jette par les fenêtres les tabourets, les cartons à dessin, tout ce que pouvait contenir la salle passa par les fenêtres.
Pendant ce temps-là Mr Haute et les camarades enfermés réclamaient leur liberté à grands cris et coups de pied.
Combien de temps dura cette scène ? Je ne m’en souviens plus !

Tout à coup la porte de la salle s’ouvre.
Le Censeur, telle la statue du Commandeur, Mr Arbelot se tenait immobile dans l’embrasure de la porte !
Les prisonniers enfermés furent remis en liberté et alors le Censeur parut sévère comme la Justice, il demanda les noms des Meneurs.
Nul ne se déclara et aucun d’entre eux ne fut "mouchard".

Alors je revois le père Arbelot nous faisant mettre tous sur un rang, et il passa devant nous.
Il fit ainsi sortir 10 ou 12 mauvais sujets toujours les meneurs venus de Bordeaux.
À quatre ou cinq d’entre eux, il infligea 4 jours de "séquestre", privation de sortie.
Un peu plus tard, après l’enquête faite par lui, sur ce coup d’indiscipline, il y eut deux élèves chassés du Collège.
Fait bien à la louange de Mr Arbelot, il a, dans le triage des coupables, sûrement laissé passer des camarades qui avaient "mené la danse", mais il ne prit pas un innocent.

Peu de temps après cet accident, Mr Arbelot prenait sa retraite.
Il se faisait difficilement à surveiller, à régenter les élèves, surtout depuis que le nombre des pensionnaires à Talence avait été sensiblement augmenté par la venue de la Classe de 4e venue à Talence, provenant de Bordeaux, après l’incendie du Vieux Lycée.

Avant de quitter Talence, je fis, le 26 mai 1872, ma première Communion en l’église Saint-André, la cathédrale.
Je fus confirmé par Mgr. Donnet, à qui j’ai souvent servi la messe pendant les deux ans 1/2 que j’ai passé au Lycée de Bordeaux.
Je ne saurais laisser ma mémoire s’éloigner du petit Collège de Talence sans rappeler ici combien étaient observés avec soin les préceptes de la Religion.

En général nous étions tous catholiques, quelques rares protestants, encore plus rares étaient les israélites.
Au cours de ma vie de pensionnaire à Talence, de 1868 à 1873, je ne vis jamais la lévite d’un pasteur protestant, ou d’un rabbin venant visiter leurs jeunes ouailles.

Nous avions, dans la jolie chapelle sise au fond du bois, la messe le jeudi matin et le dimanche avant le départ des permissionnaires pour Bordeaux.
Au mois de MARIE, nous étions menés à la chapelle tous les soirs.
Je revois encore, Mr Arbelot notre censeur, grave et sévère, devant son prie-Dieu, ayant derrière lui un beau fauteuil et haut perché sur un plancher plus élevé, d’où il dominait les nombreux bancs des élèves.
La prière se faisait dès le matin à l’arrivée de l’étude et le soir avant de la quitter pour aller au Réfectoire.
Le "Bénédicité" était dit au réfectoire chacun à sa place "les graces" après le repas ?
Ces prières étaient dites par le Surveillant qui surveillait le réfectoire.
et maintenant, "Alias Tempores, alia mores".

Dès mon entrée au Collège de Talence en octobre 1868 ma Grand-Mère avait décidé sur l’avis de notre Médecin, le Docteur LABAT, de me mettre à un régime d’Huile de Foie de Morue.
Mais c’était l’huile nature et non point rafinée comme nos jeunes Enfants en absorbent de nos jours.
Le Service de l’Infirmerie se faisait le soir vers les 6h1/2.
Un Pion passait en chaque étude, les élèves qui allaient à l’Infirmerie se joignaient à la Bande.

Après une longue randonnée sous les cloitres, on arrivait à l’Infirmerie tenue admirablement par quatre soeurs de Saint VINCENT de PAUL.
Sur une longue et étroite table, étaient alignés les remèdes destinés à chacun, à l’un du Bon Quinquina; à celui-ci du bon remède.
Moi j’apercevais de loin, mon gros litre d’huile ventru, dont le liquide poisseux déboulinait extérieurement tachant l’étiquette, un grand petit verre à liqueur plein à plein bord contenant l’huile, à côté se trouvait un bol de tisane chaude et deux ou trois pastilles.

J’avalais vite l’huile, prenant ensuite les contre-poisons.
Chacun reprenait sa place.
La Religieuse digne et sévère examinait les verres vides, faisant un signe au pion et ajoutait "Tout va bien".
Sur ce mot le cortège regagnait les Etudes.

Mais quelquefois, quelque Diable me poussant, ne me vint-il pas à l’idée de ne pas prendre mon Huile et délecter seuls les Bonbons, le Bol de tisane.
Au moment de prendre le petit verre d’huile, d’un coup léger, je le renversais sur la table, couvrais la petite mare par une soucoupe, un verre voisin et muni des friandises je regagnais frais et sérieux mon rang.
Ca n’a jamais manqué, j’ai fait le coup 4 fois, au cours de mon séjour à Talence, je fus toujours pris.

Comme je l’ai dit plus haut, la Religieuse examinait sa table de remèdes : "oh, Mr Le Surveillant, pardon, un Instant".
La religieuse se rapprochait, examinait de plus près, "voilà, Mr Le Surveillant, Baudon a renversé son verre d’huile, donc il ne l’a pas pris."
"Oh, ma Soeur, je vous demande bien pardon".
Sans m’écouter, le Pion d’ajouter "Baudon, allez prendre votre huile".
La soeur me servait alors un verre bien plein, et, naturellement, sans tisane, ni bonbons après l’absorption.
Je devais rester jusqu’au repas du soir, c’est-à-dire pendant une heure 1/2 avec ce goût dans le gosier.
Je le répète, j’ai tenté le coup plusieurs fois, je fus toujours pris.

Voilà mes souvenirs de Talence qui s’épuisent.
Je terminerai ma Vie de Collégien en rappelant combien notre Chère Grand-Mère s’efforçait de nous rendre facile, clément, notre séjour, au Collège.
Tous les jeudis notre Grand-Mère venait nous voir à Talence.
Elle s’était entendue avec trois autres Dames, qui avaient elles aussi leurs Enfants au Collège.
A elles quatre, elles prenaient un grand fiacre qui venait prendre à son domicile chaque Maman, puis en route pour Talence.
La voiture arrivait juste au début de la récréation.

Gustave et moi étions postés à l’extrémité de la cour, d’où l’on pouvait apercevoir l’arrivée des Parents.
Nous avions bien vite repéré notre Bonne Grand-Mère.
Après les bons baisers, les divers détails que notre Grand-Mère pouvait nous donner sur sa vie solitaire à Bordeaux, c’était à notre tour de bien la renseigner sur l’état de nos études, nos places aux Compositions, etc, etc.
Nous nous acheminions tous les trois dans le parc du Collège, nous nous isolions sur un banc et là prenions livraison des douces livraisons que nous prodiguait notre Grand-Mère.
Dois-je dire que c’est de cette époque bien lointaine que date ma passion pour le fameux "Pain-Frit" !
L’heure de la récréation était vite écourtée, il fallait rallier le Parloir, embrasser notre Grand-Mère, et lui dire au revoir, jusqu’au Dimanche Prochain.
Tout ce que je note là s’est très régulièrement passé pendant mes 4 à 5 Années d’Internant au Collège de Talence.

Je rappelerai que pendant longtemps ma Grand-Mère partageat le grand fiacre de Bordeaux avec Madame Morice, Madame Duthil, qui venaient elles aussi voir leur fils Gaston, Morice et Jules Duthil.
Ces camarades étaient plutôt de l’âge de Gustave que du mien.

Enfin je terminerai cette réminiscence sur ma vie de Pensionnaire à Talence, où j’ai passé 5 ans, en donnant un souvenir ému à notre Camarade PERIN, qui est mort à l’Infirmerie au Collège de Talence.
C’est le seul décès à regretter.
Les Obsèques se firent à la Chapelle de Talence.

Enfin, en août 1874, je quittais définitivement le petit Collège de Talence, où j’étais entré en Octobre 1868.
J’ai gardé toujours un bon souvenir à ce joli collège où s’est écoulée ma première enfance.
La vie d’écolier y était facile, mais, sur les dernières années, la vie de Collège avait changé.
Monsieur ARBELOT n’était plus là, l’Administration y était turbulente, le Censeur fut changé deux fois.
Ils ne connaissaient pas ses Nouveaux Directeurs, ses Nouveaux Elèves comme MR. ARBELOT, qui nous nommait tous par notre nom.
Nous étions bien, à mon départ de Talence en 1874, 250 Internes, le petit Collège était très florissant.

 


 

Mon arrière grand-père :

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Un grand-père facétieux disait à ses petits enfants que le grand truc blanc tout en haut du Puy-de-Dôme était un thermomètre géant.
Quand il deviendra tout rouge il faudra vite se sauver, parce que le volcan va se réveiller !!!